Au cœur du budget du Québec

Hier, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a dévoilé son huitième budget, intitulé un Budget responsable, centré sur les priorités des Québécois. Sans surprise, le ministre a présenté un budget sobre et responsable en focalisant sur les grandes missions de l’État : les infrastructures, la santé et l’éducation.

Le budget du gouvernement a été déposé dans un contexte particulier. En effet, en plus d’être dans les bas-fonds des sondages depuis de nombreux mois, la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pas de chef avant le 12 avril. Cependant, pour donner de la prévisibilité à la population, le ministre des Finances souhaitait présenter le budget avant le vote à la chefferie. Toutefois, les deux candidats (Bernard Drainville et Christine Fréchette) ont été consultés afin d’avoir leur approbation. M. Girard a aussi confirmé hier que le budget ne contient pas de nouvelles dépenses, mais qu’une enveloppe a été réservée pour le prochain ou la prochaine première ministre, pour que cette personne dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour financer ses promesses.

Malgré la situation économique de la province, le ministre est toujours convaincu d’un retour vers l’équilibre budgétaire. Une semaine avant la présentation, M. Girard a réitéré à plusieurs reprises dans les médias que le déficit du dernier budget a été révisé à 12,4 milliards – le déficit annoncé était de 13,6 milliards de dollars au départ. Dans ce contexte, le dernier budget fait état d’une situation budgétaire meilleure que l’année dernière, bien qu’elle soit encore déficitaire : un manque à gagner de 8,6 milliards de dollars après versements au Fonds des générations.

Le budget comprend plusieurs mesures visant à soutenir les industries le plus durement touchées par les tarifs douaniers de l’administration Trump, mais également l’incertitude liée au conflit au Moyen-Orient. Plus précisément, le gouvernement a proposé certaines mesures ciblées pour relancer des secteurs clés de l'économie québécoise et maintenir les services à la population : 

Investissements dans les infrastructures : Le Plan québécois des infrastructures (PQI) est porté à 167 milliards de dollars sur 10 ans, un rehaussement de 5 milliards de dollars sur six ans par rapport au dernier budget. Une part importante des sommes sera pour le maintien en bon état d’infrastructures existantes, soit 71% (6% de plus que le dernier budget) - une demande formulée par plusieurs groupes et associations. 

Développement économique :  Favoriser davantage l’investissement privé pour favoriser le développement économique et augmenter la productivité. Plus spécifiquement, 375 millions de dollars visent à appuyer les investissements à fort potentiel des entreprises et 1 milliard de nouveau capital au fonds déjà existant, afin de faire du Québec un chef de file dans la production et la transformation des minéraux critiques et stratégiques. 

Compétitivité provinciale : Sur le plan de la compétitivité, le gouvernement prévoit 283 millions de dollars sur cinq ans, dont 73,3 millions pour appuyer la croissance des industries innovantes et l’adoption de technologies de pointe et 22 millions pour augmenter la productivité dans le secteur de la construction. Le ministre a également annoncé un nouveau régime d’aide fiscale à l’innovation des entreprises, dont un crédit d’impôt remboursable pour la recherche, l’innovation et la commercialisation (CRIC). 

Environnement et changements climatiques : Le gouvernement indique aussi être toujours engagé à continuer d’investir dans la lutte contre les changements climatiques. En effet, 8,2 milliards sont accordés au Plan de mise en œuvre 2026-2031 du plan pour une économie verte 2030. Le plan, avec les détails, sera officiellement dévoilé par le ministre de l’Environnement dans les prochaines semaines.

La santé : La santé occupe aussi une place centrale dans le budget. Avec les changements démographiques, le gouvernement prévoit des sommes sur cinq ans pour soutenir l’accès aux médicaments (756 millions de dollars), poursuivre les efforts visant à réduire la liste d’attente en chirurgie (200 millions de dollars) et la prévention en santé (100 millions de dollars). Les nombreuses demandes touchant l’itinérance et la santé mentale ne sont pas passées sous silence. En effet, 174 millions de dollars sont prévus pour mieux répondre aux enjeux de santé mentale, dont 38,2 millions en 2027-2028 et 62,4 millions en 2028-2029. 

Les partis d’opposition : 

Avant même le dépôt du budget, les partis d’opposition critiquaient la gestion des finances publiques des dernières années et dénonçaient les besoins criants dans les services publics. Pour le nouveau chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, ce budget devait inclure des mesures significatives pour réduire le fardeau fiscal des PME, favoriser la construction de logements et effectuer une meilleure priorisation du PQI. Du côté du Parti Québécois, toujours en tête dans les sondages, les attentes étaient modestes. Cependant, un constat est clair pour le chef péquiste : en plus d’avoir augmenté la dette, la CAQ n’aura pas réussi à offrir des services de qualité aux Québécois. 

Les prochaines étapes : 

Maintenant que le budget est déposé, il sera intéressant de suivre les débats entourant la course à la chefferie et de voir comment Christine Fréchette ou Bernard Drainville parviendront à relancer la formation politique. Les orientations budgétaires sont dévoilées, mais les deux candidats incarnent tout de même deux courants distincts au sein de cette coalition : l’un davantage axé sur les enjeux économiques, l’autre plus associé à un nationalisme identitaire. Le nouveau ou la nouvelle première ministre disposera donc de quelques mois pour mettre en œuvre sa nouvelle vision avant les élections. 


Alexis Morin

ASSOCIÉ EN AFFAIRES PUBLIQUES

 
IPA